Divertissement

La fillette sourde posa la main sur le cœur de Damien Volkov — et tout le manoir se figea

Personne ne respira.

De l’autre côté de la porte, le docteur Mercier frappa une seconde fois.

« Monsieur Volkov ? »

Damien leva un doigt devant ses lèvres.

Victor éteignit l’écran de son téléphone, puis glissa silencieusement la photographie de Nikolaï dans sa veste.

Lila se serra contre moi.

Je sentais son petit corps trembler.

Pas de peur.

De confusion.

Elle regardait alternativement Damien, Victor et la porte, essayant de comprendre pourquoi aucun adulte ne répondait.


Puis Mercier parla de nouveau.

« Victor ? Je sais que vous êtes là. »

Le regard de Damien se durcit.

Cette fois, même Victor sembla surpris.

« Comment peut-il savoir ? » ai-je articulé sans voix.

Victor secoua lentement la tête.

Damien désigna la salle de bains.

« Élise. Lila. Là-bas. »

Je pris immédiatement ma fille dans mes bras.

Mais avant que je puisse bouger, Lila pointa quelque chose du doigt.


Le plateau de médicaments.

Puis la porte.

Elle signa rapidement.

Même personne.

Je fronçai les sourcils.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Elle montra les comprimés blancs.

Puis imita quelqu’un déposant quelque chose sur une table.

Mon cœur s’emballa.

« Elle dit qu’elle a déjà vu Mercier avec ces comprimés. »


Damien tourna la tête vers Victor.

« Ouvre. »

« Damien— »

« Ouvre la porte. »

Victor fit signe aux gardes du couloir de reculer hors du champ immédiat, puis déverrouilla.

Mercier entra.

Il avait une cinquantaine d’années, des cheveux gris impeccablement coiffés et cette expression rassurante que j’avais vue des dizaines de fois lorsqu’il traversait le manoir.

Ce matin-là pourtant, son regard parcourut la pièce beaucoup trop vite.

Le plateau.

Le dossier.


Moi.

Lila.

Puis Damien.

« Vous avez l’air épuisé », dit-il.

Damien eut un sourire sans chaleur.

« C’est touchant. »

Mercier posa sa sacoche sur une chaise.

« On m’a dit que vous aviez ressenti une nouvelle crise. Je dois vérifier votre rythme cardiaque. »

« Avec quoi ? »

Le médecin s’arrêta.


« Pardon ? »

Damien prit un comprimé blanc entre ses doigts.

La couleur quitta le visage de Mercier.

À peine une seconde.

Mais nous l’avons tous vue.

« Vous connaissez ça ? » demanda Damien.

Mercier reprit rapidement contenance.

« Bien sûr. Ce sont vos nouveaux médicaments. »

Victor s’avança.

« Nouveaux depuis quand ? »


« Trois semaines environ. »

« Pourquoi l’ancien traitement était-il bleu ? »

Mercier regarda Victor.

« Parce que la prescription a changé. »

« Par qui ? »

Cette fois, le médecin hésita.

Damien pencha légèrement la tête.

« Mauvaise réponse, docteur. »

« Votre état exigeait un ajustement. »

« Vous m’avez dit ce matin que mon cœur était stable. »


« Il l’était. »

Damien désigna Lila.

« Une enfant de quatre ans a détecté une irrégularité que vous n’avez pas vue. »

Mercier regarda ma fille.

Quelque chose passa dans ses yeux.

Pas de surprise.

De reconnaissance.

Je le vis.

Et Damien aussi.

« Vous la connaissez », ai-je soufflé.


« Évidemment que non. »

Lila se cacha derrière moi.

Mercier fit un pas vers elle.

Victor se plaça immédiatement entre eux.

« Restez où vous êtes. »

« Vous êtes devenu paranoïaque », dit Mercier. « Cette situation est absurde. »

Puis Lila sortit lentement son lapin en tissu de derrière mon dos.

Elle désigna Mercier.

Et signa :

Hôpital.


Mon sang se glaça.

« Lila, tu l’as vu où ? »

Elle répéta le signe.

Hôpital.

Puis elle porta deux doigts près de son oreille.

Consultation.

Je regardai Mercier.

« Vous étiez à l’hôpital où elle était suivie ? »

« Je travaille avec plusieurs établissements. Ça ne signifie rien. »

Mais Victor s’était déjà tourné vers son téléphone.


« Quel établissement ? »

Je lui donnai le nom du centre où Lila avait été examinée l’année précédente.

Ses doigts parcoururent l’écran.

Puis il s’arrêta.

« Mercier a accès à leur réseau comme consultant externe. »

Damien ne bougeait plus.

« Depuis quand ? »

« Six ans. »

Le silence devint étouffant.

Je sentis une colère froide remplacer ma peur.

« Vous aviez accès au dossier de ma fille. »

Mercier soupira.

« Madame Moreau, vous tirez des conclusions dangereuses. »

« Répondez-moi. »

Il m’ignora.

Damien, lui, ne l’ignora pas.

« Répondez-lui. »

Mercier ferma les yeux une seconde.

« Oui. Techniquement, j’aurais pu y accéder. »

« Avez-vous consulté son dossier ? »

Aucune réponse.

Victor se rapprocha.

« Le serveur conserve les journaux de connexion. »

Cette phrase changea tout.

Mercier tourna brusquement la tête vers lui.

Victor sourit froidement.

« Merci. »

« Pour quoi ? »

« Pour avoir regardé exactement au moment où je bluffais. »

Mercier comprit trop tard.

Les gardes entrèrent.

Il recula.

« Vous faites une erreur. »

Damien montra le fauteuil.

« Asseyez-vous. »

« Je suis votre médecin. »

« Plus maintenant. »

Mercier resta debout.

Alors Damien posa la photographie de Nikolaï sur le lit.

Le médecin pâlit réellement cette fois.

« Dites-moi pourquoi mon frère, officiellement mort il y a cinq ans, a vécu à Marseille sous le nom d’Adrien Delcourt. »

Mercier fixa la photo.

Puis moi.

Puis Lila.

Sa respiration changea.

« Qui vous a donné ça ? »

Victor répondit :

« Mauvaise question. »

Damien se redressa malgré la douleur.

« Où est Nikolaï ? »

Mercier secoua la tête.

« Vous ne comprenez pas. »

« Alors expliquez. »

Le médecin eut un rire nerveux.

« Vous pensez que quelqu’un essaie de vous tuer. »

« Quelqu’un a empoisonné mon vin. »

« Oui. »

Le mot tomba si vite que personne ne parla immédiatement.

Mercier venait de reconnaître qu’il savait.

Damien plissa les yeux.

« Continuez. »

Le médecin regarda la porte.

Deux gardes la bloquaient.

Il n’avait aucune sortie.

« Le poison n’était pas destiné à vous tuer immédiatement », dit-il enfin. « Il devait déclencher vos symptômes. »

Victor fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Pour obliger certaines personnes à revenir à Marseille. »

Damien devint immobile.

« Quelles personnes ? »

Mercier regarda Lila.

Je me plaçai devant elle.

« Ne la regardez pas. »

« Vous croyez que cette enfant est ici par hasard ? » murmura-t-il.

Mon estomac se contracta.

« Je travaille ici depuis huit mois. »

« Exactement. »

Damien tourna brusquement la tête vers moi.

« Qui vous a engagée ? »

La question me frappa.

« L’agence Delmas. »

Victor sortit déjà son téléphone.

Quelques secondes plus tard, son expression changea.

« Damien. »

« Quoi ? »

« L’agence Delmas n’existe plus depuis trois ans. »

Je secouai la tête.

« Non. J’ai signé un contrat. J’ai parlé à une femme. J’ai— »

Puis je me tus.

Parce que je me souvenais.

L’entretien avait eu lieu par téléphone.

Les documents étaient arrivés par courrier.

Et personne ne m’avait jamais reçue dans un bureau.

Mercier s’assit enfin.

« On vous a placée ici. »

J’eus l’impression que l’air disparaissait de la pièce.

« Qui ? »

Il releva les yeux.

« Je ne connais pas son nom. »

Damien fit un pas vers lui.

« Mens encore et tu regretteras d’avoir survécu jusqu’ici. »

« Je ne mens pas. Tous les ordres passent par des intermédiaires. Mais il y a une chose que je sais. »

Son regard glissa vers Lila.

« Le jour où Élise a été engagée, quelqu’un a payé une somme considérable pour s’assurer qu’elle soit affectée précisément à l’aile proche de votre chambre. »

Je sentis mes jambes faiblir.

Ce travail.

Cette maison.

La porte entrouverte.

Lila.

Rien n’était peut-être arrivé par accident.

Puis le téléphone de Victor vibra.

Il regarda l’écran.

Son visage devint livide.

« J’ai retrouvé l’adresse liée au dernier paiement de l’agence. »

Damien se retourna.

« Où ? »

Victor hésita.

« À Cassis. »

Je cessai de respirer.

Je connaissais cette adresse.

J’y avais vécu quatre ans plus tôt.

Avec Adrien.

Victor me regarda.

« Élise… cette maison appartient toujours à quelqu’un. »

Ma voix trembla.

« À qui ? »

Il retourna son écran.

Le propriétaire n’était pas Adrien Delcourt.

C’était Nikolaï Volkov.

Et selon le registre immobilier, aucune déclaration de décès n’avait jamais été enregistrée à son nom.

À suivre — cliquez sur la Partie 5 pour lire la suite.

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