Divertissement

La fillette sourde posa la main sur le cœur de Damien Volkov — et tout le manoir se figea

Je suis restée figée devant l’écran de Victor.

Nikolaï Volkov.

Propriétaire de la maison de Cassis.

Toujours vivant sur le papier.

Mon esprit refusait d’assembler les pièces.

Adrien m’avait emmenée dans cette maison quelques semaines après notre rencontre. Il m’avait dit qu’elle appartenait à un ami parti travailler à l’étranger. Nous y avions vécu presque six mois.

Six mois de petits-déjeuners sur la terrasse.

Six mois de promesses.

Six mois pendant lesquels j’avais cru connaître l’homme qui partageait mon lit.

« Ce n’est pas possible », ai-je murmuré.


Damien observait mon visage.

« Vous reconnaissez l’adresse. »

Ce n’était pas une question.

J’ai hoché lentement la tête.

« Adrien et moi avons vécu là-bas. »

Victor jeta un regard à Damien.

« Pendant combien de temps ? »

« Jusqu’à sa disparition. »

Le docteur Mercier eut un mouvement presque imperceptible.

Damien le vit.


« Qu’est-ce que tu sais ? »

Mercier resta silencieux.

Victor se pencha vers lui.

« Tu viens de réagir. »

« Parce que cette conversation devient insensée. »

Damien saisit son verre d’eau.

Pendant une seconde, j’ai cru qu’il allait le lancer contre le mur.

À la place, il le posa doucement.

Beaucoup trop doucement.

« Victor. Fais préparer deux voitures. »


« Damien, votre état— »

« Deux voitures. »

Je compris immédiatement.

« Vous voulez aller à Cassis ? »

Il me regarda.

« Je veux savoir pourquoi une maison appartenant à mon frère mort est reliée à votre embauche, à votre fille et aux personnes qui manipulent mon traitement. »

Mercier se leva brusquement.

Les gardes avancèrent aussitôt.

« Vous ne pouvez pas partir dans votre état. »

Damien sourit.


« Voilà qui ressemble presque à de l’inquiétude. »

« Je suis médecin. »

« Tu étais mon médecin. »

Mercier se tourna vers moi.

« Madame Moreau, réfléchissez. Votre fille est ici. Vous voulez vraiment l’entraîner là-dedans ? »

La culpabilité me traversa comme une lame.

Je baissai les yeux vers Lila.

Elle ne comprenait pas tout ce qui se disait, mais elle sentait la tension.

Elle serrait si fort son lapin que ses petits doigts blanchissaient.

Je me suis agenouillée devant elle.


« On va rentrer à la maison, d’accord ? »

Elle me regarda.

Puis regarda Damien.

Et secoua la tête.

Je fronçai les sourcils.

« Lila… »

Elle signa lentement.

Monsieur malade.

Puis elle désigna sa poitrine.

Même chose.


Mon cœur se serra.

« Non, ma chérie. On ne sait pas encore. »

Elle posa une main sur son propre cœur.

Puis désigna Damien.

Pareil.

Personne dans la pièce ne bougea.

Damien détourna le regard.

Victor, lui, devint grave.

« Il faut qu’elle passe des examens immédiatement. »

Je me relevai.


« Avant toute chose, oui. »

Damien acquiesça.

« Faites venir quelqu’un en qui nous avons confiance. Pas un médecin du réseau de Mercier. »

Victor hocha la tête et sortit son téléphone.

Mercier éclata de rire.

« Vous êtes déjà trop loin. »

Damien se tourna vers lui.

« Trop loin de quoi ? »

Le médecin ne répondit pas.

« De quoi ? » répéta Damien.


Mercier regarda Lila.

Puis moi.

« Si Nikolaï vous a caché cette enfant, ce n’était peut-être pas pour vous trahir. »

Ma poitrine se comprima.

« Il savait pour Lila ? »

Le médecin ferma la bouche.

Damien avança d’un pas.

« Tu viens de dire qu’il l’avait cachée. »

Mercier comprit son erreur.

Trop tard.


« Il savait », soufflai-je.

Le silence confirma ce qu’il refusait d’avouer.

Quelque chose se brisa en moi.

Pendant quatre ans, j’avais imaginé toutes les raisons possibles pour lesquelles Adrien avait disparu.

La peur.

La lâcheté.

Une autre femme.

Un accident.

Jamais je n’avais imaginé qu’il pouvait savoir que j’étais enceinte et avoir choisi de disparaître quand même.

« Quand ? » ai-je demandé.


Mercier détourna les yeux.

« Quand a-t-il appris que j’étais enceinte ? »

« Je ne peux pas— »

Je le giflai.

Le bruit claqua dans la chambre.

Les gardes ne bougèrent pas.

Même Damien resta silencieux.

Ma main brûlait.

« Quatre ans », ai-je dit, la voix brisée. « J’ai élevé ma fille seule pendant quatre ans. Alors vous allez me répondre. »

Mercier passa sa langue sur sa lèvre.

Puis il souffla :

« Avant de disparaître. »

J’ai fermé les yeux.

La douleur fut immédiate.

Brute.

Adrien savait.

Il savait.

Lila tira doucement sur ma manche.

Je me retournai vers elle avant qu’elle ne voie mon visage s’effondrer.

Je lui souris comme je pouvais.

Puis Victor parla derrière moi.

« Le médecin arrive dans vingt minutes. »

Damien s’assit sur le bord du lit, épuisé.

« Et Cassis ? »

« J’envoie une équipe avant nous. »

« Non. »

Victor fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

Damien regarda Mercier.

« Parce que si quelqu’un surveille cette maison, une équipe armée suffira à le faire disparaître. »

Mercier baissa les yeux.

Encore une réaction.

Victor la remarqua.

« Quelqu’un y vit ? »

Silence.

« Mercier. »

Le médecin soupira.

« Je n’y suis pas allé depuis des années. »

« Ce n’est pas ce que j’ai demandé. »

Damien se leva malgré sa faiblesse.

Son visage était gris, mais sa voix ne tremblait plus.

« Est-ce que Nikolaï est dans cette maison ? »

Mercier secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Cette fois, il semblait sincère.

Puis il ajouta :

« Mais quelqu’un continue de payer les taxes, l’électricité et la sécurité privée. En espèces. »

Victor se raidit.

« Pourquoi aucune de mes recherches ne l’a montré ? »

« Parce que les factures passent par plusieurs sociétés. »

« Lesquelles ? »

Mercier sourit tristement.

« Vous croyez vraiment que je connais toute la structure ? Je n’étais qu’un médecin. »

Damien fixa les comprimés blancs.

« Tu étais bien plus que ça. »

On frappa de nouveau à la porte.

Deux coups rapides.

Un garde entra.

« Monsieur, nous avons un problème. »

Victor se retourna.

« Lequel ? »

Le garde tenait une tablette de surveillance.

« La caméra extérieure côté nord a enregistré quelqu’un quittant le domaine il y a sept minutes. »

Il posa l’écran devant nous.

L’image était granuleuse.

Une silhouette encapuchonnée traversait le jardin sous la pluie.

Puis elle s’arrêtait près de la grille.

Le visage apparaissait une fraction de seconde.

Victor agrandit l’image.

Mercier pâlit.

Damien, lui, cessa complètement de respirer.

Je regardai l’homme à l’écran.

Plus vieux.

Une barbe courte.

Une cicatrice le long de la joue.

Mais je reconnus immédiatement ses yeux.

Ces yeux que j’avais vus chaque matin pendant six mois.

Ma main chercha instinctivement celle de Lila.

« Adrien… »

Damien approcha son visage de l’écran.

« Nikolaï. »

Le garde reprit :

« Il a laissé quelque chose dans la boîte aux lettres de service avant de partir. »

Victor se leva.

« Quoi ? »

Le garde tendit une enveloppe humide.

Un seul nom était écrit dessus.

ÉLISE.

Mes doigts tremblaient lorsque je l’ouvris.

À l’intérieur se trouvait une photographie récente de Lila.

Prise devant son école.

Et au dos, six mots.

Ne laisse pas Damien faire le test.

Je levai lentement les yeux.

Damien avait lu par-dessus mon épaule.

Pour la première fois depuis que je le connaissais, je ne vis pas de colère dans son visage.

Seulement une peur froide.

Parce que si Nikolaï était réellement vivant, il savait exactement où se trouvait Lila.

Et il ne voulait surtout pas que nous découvrions ce que son sang pouvait révéler.

À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour lire la suite.

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