Divertissement

La fillette sourde posa la main sur le cœur de Damien Volkov — et tout le manoir se figea

Je relus les six mots jusqu’à ce qu’ils cessent presque d’avoir un sens.

Ne laisse pas Damien faire le test.

« Pourquoi ? » ai-je murmuré.

Damien ne répondit pas.

Il fixait la photographie de Lila devant son école.

Victor, lui, arracha presque la tablette des mains du garde.

« Verrouillez le domaine. Personne n’entre, personne ne sort. Retrouvez-moi toutes les images des trente dernières minutes. »

« Oui, monsieur. »

Le garde disparut.

Je serrai la photo entre mes doigts.


« Il la surveillait. »

Ma voix se brisa.

« Depuis combien de temps il la surveillait ? »

Mercier détourna les yeux.

Je me tournai vers lui.

« Vous saviez. »

« Je savais qu’il gardait un œil sur elle. »

Je fis un pas vers lui.

« Un œil sur elle ? C’est ma fille. »

Damien intervint avant que je puisse l’approcher davantage.


« Pourquoi ne voulait-il pas qu’elle soit testée ? »

Mercier secoua la tête.

« Je ne sais pas exactement. »

Victor eut un rire sec.

« Tu en sais toujours juste assez pour rester vivant. »

« Parce que Nikolaï ne faisait confiance à personne. »

Damien se raidit.

« Même pas à toi ? »

Mercier le regarda.

« Surtout pas à moi. »


Un nouveau silence tomba.

Puis Lila tira doucement sur ma manche.

Elle avait cessé de regarder les adultes.

Son attention était fixée sur la photographie.

Elle me la prit des mains.

Puis désigna quelque chose derrière sa propre silhouette.

J’observai plus attentivement.

La photo avait été prise à distance.

Lila sortait de l’école, son petit sac violet sur le dos.

Derrière elle, à moitié cachée par un arbre, se trouvait une voiture sombre.


« Victor. »

Il s’approcha.

« Vous pouvez agrandir ça ? »

Il photographia l’image avec son téléphone.

Quelques secondes plus tard, la plaque apparut.

Victor devint immobile.

« Cette voiture est entrée trois fois au manoir le mois dernier. »

Damien leva les yeux.

« À qui appartient-elle ? »

Victor tapa rapidement.


Puis son visage se ferma.

« À une société médicale. »

Mercier pâlit.

Damien le remarqua.

« Laquelle ? »

Victor prononça le nom.

Institut Saint-Clair.

Je connaissais ce nom.

« C’est là que Lila a passé son dernier contrôle auditif. »

Victor tourna l’écran vers moi.


« Pas seulement elle. »

Il venait d’ouvrir une liste de facturation.

Le nom de Damien y figurait également.

Je fronçai les sourcils.

« Vous avez été soigné là-bas ? »

Damien secoua lentement la tête.

« Jamais. »

Victor fit défiler plusieurs lignes.

« Pourtant l’Institut Saint-Clair facture depuis presque deux ans des analyses à votre nom. Sang, génétique, cardiologie. »

Damien regarda Mercier.


« Explique. »

Le médecin se passa une main sur le visage.

« Ce n’était pas censé apparaître comme ça. »

Victor s’approcha brutalement.

« Alors ça apparaît comment, normalement ? »

Mercier comprit qu’il venait encore de parler trop vite.

« Certains prélèvements de Damien étaient envoyés là-bas. »

« Sans mon consentement ? » demanda Damien.

Mercier ne répondit pas.

Je sentis une nausée monter.


« Et ceux de Lila ? »

Cette fois, Mercier me regarda directement.

« Oui. »

Le mot me coupa les jambes.

« Vous avez envoyé le sang de ma fille quelque part sans me le dire ? »

« Pas moi personnellement. »

« Je me fiche de qui tenait le tube ! »

Lila sursauta.

Je baissai immédiatement la voix.

« Pourquoi ? »


Mercier fixa le sol.

« Pour comparer. »

Damien s’avança malgré la douleur.

« Comparer quoi ? »

Mercier resta silencieux.

Victor tira une chaise et la plaça devant lui.

« Assieds-toi. »

Pour la première fois, le médecin obéit sans discuter.

« Il y avait une étude privée », dit-il enfin.

« Financée par qui ? » demanda Damien.


« Je n’ai jamais vu le nom final. »

« Sur quoi portait-elle ? »

Mercier avala difficilement.

« Une mutation rare. Héréditaire. Mais pas seulement liée au cœur. »

Je cessai de respirer.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Mercier regarda Lila.

« Chez certains porteurs, elle peut affecter plusieurs systèmes. Le rythme cardiaque. L’audition. Parfois d’autres fonctions neurologiques. »

Ma main se posa instinctivement sur l’appareil auditif rose de Lila.

Tout devint silencieux autour de moi.

« Vous êtes en train de me dire que sa surdité pourrait être liée à cette maladie ? »

« Je dis que c’est possible. »

Damien recula légèrement.

Son regard passa de Lila à ses propres mains.

« Et moi ? »

Mercier le regarda.

« Vous êtes porteur confirmé. »

Damien ferma les yeux.

« Depuis quand le sais-tu ? »

« Onze ans. »

Victor jura à voix basse.

Damien ouvrit les yeux.

« Onze ans. Et personne ne me l’a dit. »

« Nikolaï le savait. »

Cette phrase changea l’atmosphère de la pièce.

Damien devint parfaitement immobile.

« Comment ? »

Mercier hésita.

« Parce qu’il avait été testé avant vous. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’il avait déjà des symptômes. »

Je pensais à Adrien.

À ses absences.

À certaines nuits où il disait avoir des migraines.

À cette fois où il s’était écroulé dans la cuisine et avait prétendu ne pas avoir mangé.

« Il était malade », ai-je soufflé.

Mercier hocha lentement la tête.

« Oui. »

« Et il savait que ça pouvait être transmis à un enfant. »

Cette fois, il ne répondit pas.

Je compris.

La colère me traversa si brutalement que je dus m’agripper au dossier d’une chaise.

« Il savait. »

Damien détourna le regard.

Victor, lui, continuait à fouiller les données sur son téléphone.

Soudain, son visage changea.

« J’ai trouvé quelque chose. »

Il posa son écran sur la table.

Une série de numéros apparaissait.

« Les prélèvements de Damien et ceux de Lila ont été enregistrés sous le même protocole. »

Je me penchai.

Deux codes.

DV-01.

LM-04.

Puis un troisième.

NV-02.

Damien le vit.

« Nikolaï. »

Victor acquiesça.

« Trois membres de la même lignée. »

Mercier ferma les yeux.

« Vous ne devriez pas avoir accès à ça. »

Damien tourna la tête.

« Et pourtant, nous y avons accès. »

Victor ouvrit le troisième fichier.

Une ligne rouge apparut.

SUJET NV-02 — STATUT : ACTIF.

Je fixai l’écran.

« Actif ? »

Victor regarda Damien.

« Les données ont été mises à jour il y a quarante-huit heures. »

Damien se redressa.

« Avec quoi ? »

Victor ouvrit le journal.

Son expression devint soudain beaucoup plus sombre.

« Avec un nouvel échantillon sanguin. »

Mon cœur cogna.

Nikolaï n’était donc pas seulement vivant.

Quelqu’un continuait à le suivre médicalement.

Quelqu’un assez proche pour obtenir son sang.

« Où l’échantillon a-t-il été prélevé ? » demanda Damien.

Victor fit défiler la page.

Puis il s’arrêta.

« Ici. »

« Ici où ? »

Victor leva lentement les yeux.

« Au manoir de Valombre. »

Personne ne parla.

Même Mercier sembla surpris.

Damien se tourna vers lui.

« Nikolaï était dans cette maison il y a quarante-huit heures ? »

« Je ne savais pas. »

Damien observa son visage plusieurs secondes.

Puis Lila fit quelque chose d’étrange.

Elle quitta ma main.

Traversa lentement la pièce.

Et s’arrêta devant la cheminée.

« Lila ? »

Elle s’accroupit.

Puis passa ses doigts sous la petite table où l’on déposait habituellement les journaux.

Elle en sortit un objet noir.

Petit.

Plat.

Victor fut auprès d’elle en une seconde.

« Ne touche plus à ça. »

Il prit l’objet avec un mouchoir.

C’était un minuscule dispositif électronique.

Damien fronça les sourcils.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Victor l’examina.

Puis son visage se durcit.

« Un émetteur audio. »

Mon sang se glaça.

« Quelqu’un nous écoutait ? »

Victor retourna l’appareil.

Une minuscule lumière clignotait encore.

« Pas écoutait. »

Il leva les yeux vers Damien.

« Écoute. Maintenant. »

Au même instant, son téléphone vibra.

Un message venait d’arriver depuis un numéro inconnu.

Victor l’ouvrit.

Trois mots seulement apparaissaient à l’écran.

NE TESTEZ PAS LILA.

Puis un second message arriva.

SI VOUS VOULEZ SAVOIR POURQUOI, VENEZ À CASSIS.

Damien leva les yeux vers moi.

Et cette fois, je compris que la maison où tout avait commencé nous attendait peut-être depuis quatre ans.

À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour lire la suite.

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