Divertissement

Les médecins donnaient quatorze jours à vivre à son fils… puis une gouvernante servit le gâteau secret de sa femme assassinée

Luca arriva dans la chambre sécurisée au moment où Perrin affichait les images sur un écran portable.

Une petite masse apparaissait près du cœur de Matteo.

Pas plus grande qu’un grain de riz.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Luca.

— Je ne sais pas encore exactement.

Perrin agrandit l’image.

— Mais ce n’était pas là sur les examens effectués à sa naissance.

Elena s’approcha.

— Et sur ses examens récents ?

Perrin resta silencieux.


Luca comprit.

— Vous ne l’aviez jamais remarqué.

— Les dossiers que j’ai consultés ne montraient rien.

— Parce qu’ils avaient été modifiés.

Perrin hocha lentement la tête.

— Très probablement.

Luca regarda son fils.

Matteo respirait difficilement sous son masque à oxygène.

— Enlevez-le.

— Luca…


— Enlevez cette chose de mon fils.

— Son état reste extrêmement fragile. L’intervention peut provoquer une arythmie fatale.

— Et si vous ne faites rien ?

Perrin observa les analyses.

— La concentration continue d’augmenter.

Il n’eut pas besoin de terminer.

Luca se pencha vers Matteo.

— Tu vas encore te battre un peu, mon garçon.

Les paupières de l’enfant bougèrent.

— Papa…


Luca lui prit la main.

— Je suis là.

— Maman aussi ?

La question lui coupa le souffle.

— Je vais la retrouver.

Matteo serra faiblement ses doigts.

— Promis ?

— Promis.

Une équipe chirurgicale fut appelée discrètement.

Perrin refusa de transporter Matteo jusqu’à l’hôpital principal.


— Celui qui a organisé tout cela connaît nos habitudes, expliqua-t-il. Si nous annonçons son transfert, nous lui donnons une nouvelle occasion d’intervenir.

La propriété possédait une petite unité médicale privée, installée des années auparavant après une fusillade ayant blessé Luca.

Pour la première fois, elle allait servir à sauver son fils.

Marco supervisa lui-même les accès.

Étienne fut enfermé dans une pièce sous surveillance constante.

Elena resta près de Matteo jusqu’au moment où Perrin demanda à tout le monde de sortir.

Luca ne bougea pas.

— Monsieur Morel…

— Je reste.

— Pas cette fois.


Luca regarda Perrin.

— Vous avez déclaré ma femme morte alors qu’elle respirait encore. Vous comprendrez que ma confiance a certaines limites.

Perrin encaissa la phrase.

— Alors regardez derrière la vitre. Mais laissez-moi faire ce que je peux encore réparer.

Luca finit par sortir.

Pendant les quarante minutes suivantes, il ne quitta pas Matteo des yeux.

Puis l’alarme cardiaque retentit.

Une fois.

Deux fois.

Luca posa les deux mains contre la vitre.


— Non.

À l’intérieur, Perrin donna des ordres rapides.

Un médicament fut injecté.

Le rythme ralentit.

Puis se stabilisa.

Elena se tenait quelques mètres derrière Luca.

— Sofia disait toujours que vous étiez dangereux lorsque vous aviez peur.

Il ne se retourna pas.

— Elle avait raison.

— Non. Elle disait aussi que votre colère était votre manière de cacher que vous ne supportiez pas de perdre quelqu’un.


Luca se retourna enfin.

— Vous la connaissez depuis combien de temps ?

— Depuis avant votre mariage.

— Et vous ne m’avez jamais rencontrée.

— Sofia voulait que certaines personnes restent en dehors de votre monde.

— Quel était votre rôle ?

Elena hésita.

— Je l’aidais à conserver ce que personne ne devait pouvoir effacer.

— Ses analyses ?

— Ses analyses. Ses notes. Ses preuves.


Puis elle ajouta :

— Et, plus tard, sa vie.

La porte de l’unité médicale s’ouvrit.

Perrin apparut.

Ses gants étaient tachés de sang.

Luca s’approcha.

— Matteo ?

— Vivant.

Ce seul mot faillit le faire vaciller.

— Et l’objet ?


Perrin leva un petit récipient transparent.

À l’intérieur se trouvait une capsule métallique minuscule.

— Elle était fixée sous une cicatrice d’une ancienne procédure.

Luca regarda l’objet.

— Quelle procédure ?

— Une intervention mineure pratiquée il y a huit mois pour poser un dispositif de surveillance cardiaque.

— Matteo n’a jamais eu cette intervention.

Perrin pâlit.

— Dans son dossier médical, si.

Luca sentit la rage revenir.


— Où ?

— Clinique Saint-Aubin.

Marco, qui venait d’arriver, se figea.

— Cette clinique a fermé il y a six mois.

Elena prit le récipient.

— Nous devons analyser la capsule.

Un technicien fut appelé.

Une heure plus tard, il apporta un premier résultat.

— L’enveloppe extérieure est médicale. Mais le mécanisme interne a été modifié pour libérer progressivement une substance.

— Digitaline ? demanda Luca.

— Oui.

— Fabricant ?

Le technicien posa une feuille sur la table.

— Le numéro de série a été limé. Mais il reste une partie du marquage.

Marco lut les lettres.

M-L-B.

Son visage changea.

Luca le remarqua.

— Tu connais ?

Marco ne répondit pas immédiatement.

— Dis-le.

— Morel Laboratoires Biomédicaux.

Luca resta silencieux.

Cette société appartenait autrefois à leur père.

Elle avait été revendue après sa mort.

— À qui ? demanda Elena.

Marco regarda Luca.

— À un fonds privé.

— Lequel ?

— Valmera Holdings.

Luca connaissait ce nom.

Pas personnellement.

Mais Sofia l’avait mentionné une fois, des années plus tôt, après avoir découvert d’étranges mouvements financiers dans certaines sociétés familiales.

À l’époque, Luca lui avait dit de laisser les comptables s’en occuper.

Il regretta immédiatement ce souvenir.

Une alarme discrète retentit sur l’ordinateur d’Étienne.

Minuit approchait.

Tout le monde se rendit au poste sécurisé.

Le serveur hors ligne attendait le signal hebdomadaire de Sofia.

23 h 59.

Puis minuit.

Rien.

Luca regarda l’écran.

00 h 01.

Toujours rien.

Elena devint blême.

— Elle n’a jamais manqué un envoi.

00 h 02.

Un fichier apparut soudain.

Sofia_07.

Luca l’ouvrit immédiatement.

Une vidéo se lança.

Sofia était assise dans une pièce sombre.

Elle avait un bleu sur la joue.

Derrière elle se trouvait un mur de béton.

— Luca, si tu vois ceci, c’est que le relais automatique a fonctionné.

Elle regarda brièvement hors champ.

— Je n’ai plus beaucoup de temps.

Luca s’approcha de l’écran.

— Sofia…

— Valmera n’est pas seulement une société. C’est la façade utilisée pour reprendre ce que ton père avait caché avant sa mort.

Marco devint livide.

Sofia poursuivit :

— Le poison, Matteo, ma disparition… tout mène au même endroit.

Puis elle leva une feuille.

Une liste de noms apparaissait dessus.

Le premier était celui de leur père.

Le deuxième appartenait à Marco.

Et le troisième fit reculer Luca.

C’était le sien.

À côté de chaque nom figurait la même mention.

SUJET COMPATIBLE.

— Compatible avec quoi ? murmura Marco.

Comme si Sofia pouvait l’entendre, elle répondit dans la vidéo :

— Ils ne veulent pas tuer Matteo.

Elle inspira difficilement.

— Ils ont besoin qu’il reste vivant.

L’écran se brouilla.

Puis, avant que la vidéo ne s’interrompe, Sofia prononça une dernière phrase.

— Luca, le véritable secret n’est pas dans mon meurtre.

Elle fixa la caméra.

— Il est dans le sang de notre fils.

À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour lire la suite.

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