Luca regarda le point rouge clignoter sur la carte.
Puis quelque chose dans les paroles de Perrin le frappa.
La capsule.
Pas Matteo.
— Perrin, où est l’émetteur maintenant ?
— Dans le laboratoire médical de la propriété.
Luca comprit immédiatement.
Valmera ne savait pas que la capsule avait été retirée.
Ils suivaient encore son signal.
— Ne déplacez pas la capsule, ordonna-t-il. Faites sortir Matteo par le passage d’urgence sous l’aile nord. Aucun téléphone. Aucune radio. Seulement vous et deux hommes que Marco a choisis personnellement.
— Où dois-je l’emmener ?
— Dans l’ancienne maison du gardien. Ils croiront qu’il est toujours sous terre.
Perrin ne posa aucune autre question.
Luca raccrocha.
Sur l’écran, Sofia le regardait.
— Tu as enfin appris à ne pas foncer directement dans le piège, murmura-t-elle.
Malgré tout, Luca eut presque envie de rire.
— Deux ans sans toi ont été une méthode d’enseignement particulièrement brutale.
Une porte métallique claqua quelque part dans le laboratoire.
Étienne leva son arme.
— Ils arrivent.
Marco brancha un dispositif sur le serveur principal.
— Donnez-moi trois minutes. Je copie tout.
— Tu en as deux.
Luca et ses hommes progressèrent vers la pièce où Sofia était retenue.
Deux gardes de Valmera surgirent au croisement.
L’échange fut bref.
Lorsqu’ils atteignirent enfin la salle, Elena courut la première.
Sofia était attachée à la chaise.
Elena coupa les liens.
Luca, lui, s’arrêta à quelques pas.
Pendant deux années, il avait imaginé mille fois ce qu’il ferait s’il pouvait la revoir.
La prendre dans ses bras.
Lui demander pourquoi.
Hurler.
Pleurer.
Mais lorsqu’elle se leva difficilement devant lui, il ne réussit qu’à prononcer son prénom.
— Sofia.
Elle porta une main à sa bouche.
— Luca…
Il franchit la distance.
Lorsqu’il la serra contre lui, toute la colère disparut pendant quelques secondes.
Il sentit seulement son cœur battre.
Réel.
Vivant.
— Matteo ? demanda-t-elle aussitôt.
— Vivant. La capsule a été retirée.
Sofia ferma les yeux contre son épaule.
— Dieu merci.
Une alarme retentit.
Marco apparut à la porte.
— Copie terminée. Et vous devez voir ça.
Dans la salle des serveurs, il ouvrit le dossier central de Valmera.
Des contrats.
Des dossiers médicaux falsifiés.
Des paiements destinés à des infirmiers, techniciens, employés administratifs et intermédiaires.
Les faux accès utilisés au nom de Luca.
Les instructions concernant Sofia.
Et surtout, le projet M-3.
Perrin avait compris juste.
Après la mort du père Morel, Valmera avait repris le programme biomédical qu’il finançait.
Mais les archives montraient autre chose.
Le père de Luca avait interrompu lui-même les essais lorsqu’il avait découvert que certains chercheurs voulaient passer à l’expérimentation humaine.
Avant sa mort, il avait verrouillé la partie essentielle de ses recherches et ordonné leur destruction.
Valmera avait racheté le laboratoire pour retrouver ce qui manquait.
Puis elle avait découvert que la famille Morel elle-même portait le profil génétique nécessaire pour reconstruire les travaux.
— Voilà ce qu’il avait caché, dit Marco. Pas une arme. Une recherche qu’il refusait de laisser devenir une arme.
Sofia désigna un autre document.
— Et lorsque Matteo est né, ils ont trouvé leur sujet idéal.
Luca lut la phrase inscrite dans le protocole.
« Décompensation contrôlée permettant prélèvement expérimental. »
Sa main trembla.
— Ils ont rendu mon fils malade pour observer comment son cœur réagissait.
— Oui, répondit Sofia.
Elle lui expliqua enfin le reste.
Elle avait découvert les premiers dossiers lorsqu’elle enquêtait sur les anciennes sociétés Morel.
Puis ses propres médicaments avaient commencé à changer.
Comprenant qu’on l’empoisonnait, elle avait organisé sa fausse mort avec Elena, Perrin et Étienne.
La lettre avait réellement été écrite trois jours après son enterrement.
Parce que Sofia était bien vivante.
— Pourquoi ne pas être revenue après quelques semaines ? demanda Luca.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— Parce que chaque personne que j’approchais était surveillée. Lorsque j’ai tenté de te faire parvenir une première preuve, le fils de Perrin a été enlevé. Quand Étienne a essayé de t’avertir, ses messages ont été interceptés. Puis j’ai découvert qu’ils avaient commencé à surveiller Matteo.
— Alors le gâteau…
— Elena devait attendre que ton désespoir soit assez grand pour que tu cesses de croire au diagnostic qu’on t’avait imposé.
Luca baissa la tête.
— Matteo t’a pleurée chaque soir.
— Je sais.
La voix de Sofia se brisa.
— Et aucun jour n’a été pire que ceux où je devais rester loin de lui pour le garder vivant.
Un message apparut sur l’écran de Marco.
PROPRIÉTÉ MOREL — ÉQUIPE DE RÉCUPÉRATION NE RÉPOND PLUS.
Puis le téléphone sécurisé de Luca vibra.
Perrin.
— Matteo est en sécurité. Vos hommes ont capturé quatre personnes dans le laboratoire souterrain. Ils sont entrés directement là où se trouvait la capsule.
Luca regarda Sofia.
Pour la première fois, Valmera venait de courir dans leur piège.
Mais Luca ne voulait plus d’une guerre secrète.
— Marco, copie tout une deuxième fois.
— Pour qui ?
— Pour le juge d’instruction. Et une copie pour la presse.
Sofia le fixa, surprise.
— Tu vas rendre tout ça public ?
— Ils ont survécu parce que chacun gardait son propre secret.
Il prit sa main.
— Ça s’arrête ce soir.
Dans les jours qui suivirent, les documents de Valmera déclenchèrent une enquête qui dépassa Marseille.
Les laboratoires furent perquisitionnés.
Les comptes gelés.
Les responsables du programme M-3 arrêtés ou placés sous enquête.
Les dossiers falsifiés de Matteo furent saisis.
Étienne témoigna sur les systèmes de surveillance manipulés et dut répondre de ses propres actes, même si les menaces exercées contre Sofia furent reconnues.
Perrin remit volontairement toutes les preuves concernant le faux certificat de décès.
Marco, enfin innocenté des soupçons que Sofia avait elle-même laissés planer pour tromper leurs ennemis, resta auprès de son frère.
Mais Luca se souciait peu de Valmera lorsque Matteo ouvrit les yeux quatre jours plus tard.
Sofia était assise d’un côté du lit.
Luca de l’autre.
Le garçon regarda longuement sa mère.
Puis il tendit une petite main vers son visage.
— Maman ?
Sofia éclata en sanglots.
— Oui, mon cœur.
— Tu étais où ?
Elle embrassa ses doigts.
— J’essayais de retrouver le chemin de la maison.
Matteo réfléchit quelques secondes.
Puis il murmura :
— Je savais que tu reviendrais.
Les médecins refusèrent de parler de miracle.
Le cœur de Matteo avait été sévèrement éprouvé, et sa récupération demanderait du temps.
Mais sans exposition au poison et avec la capsule retirée, ses constantes s’améliorèrent semaine après semaine.
Quatorze jours après que Perrin avait annoncé à Luca que son fils n’avait peut-être plus que deux semaines à vivre, Matteo était encore là.
Debout dans le jardin.
Faible, mais souriant.
Sofia se tenait près de l’érable japonais qu’elle avait planté avant sa naissance.
Elena apporta un petit gâteau red velvet.
Trois bougies légèrement de travers.
Matteo fronça les sourcils.
— Encore mon anniversaire ?
Luca sourit.
— Non.
Sofia alluma les bougies.
— Aujourd’hui, on fête simplement le fait que nous sommes tous ici.
Matteo souffla.
Et pour la première fois depuis très longtemps, Luca Morel ne pensa ni aux ennemis, ni aux dettes, ni à la peur que son nom inspirait.
Il regarda sa femme vivante.
Son frère à ses côtés.
Et son fils couvert de miettes de gâteau.
Puis il comprit enfin quelque chose que tout son pouvoir ne lui avait jamais appris.
Une forteresse ne protège pas une famille.
La vérité, parfois, le peut.
Fin.
Je remercie sincèrement tous les grands-pères, grands-mères, oncles, tantes, frères et sœurs qui ont pris le temps de suivre mon histoire jusqu’à la toute fin. Votre attention, votre affection et votre soutien sont des choses que j’apprécie énormément et pour lesquelles je vous suis profondément reconnaissant.
Je vous souhaite à toutes et à tous beaucoup de santé, de paix, de joie, de chance et de réussite dans la vie. Que chacune de vos journées soit remplie de bonheur, de sourires et de belles choses. ❤️🙏🌷







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