Divertissement

Les médecins donnaient quatorze jours à vivre à son fils… puis une gouvernante servit le gâteau secret de sa femme assassinée

Pendant quelques secondes, personne ne parla.

Luca regardait encore les trois mots affichés sur l’écran.

SUJET COMPATIBLE.

Puis il se tourna vers Marco.

— Qu’est-ce que notre père avait caché ?

Marco resta immobile.

— Je ne connais qu’une partie de l’histoire.

— Alors donne-moi cette partie.

Marco ouvrit lentement un tiroir du bureau sécurisé et en sortit une ancienne clé électronique.

— Après la mort de papa, j’ai découvert qu’il finançait un programme médical clandestin par l’intermédiaire de Morel Laboratoires Biomédicaux. J’ai cru qu’il s’agissait de blanchiment d’argent.


— Et tu ne m’as rien dit ?

— À cette époque, tu venais de perdre Sofia. Matteo avait à peine un an. Je voulais d’abord comprendre.

Luca s’approcha dangereusement.

— Deux ans, Marco.

— J’ai cherché pendant deux ans.

Il posa la clé devant lui.

— Et quelqu’un effaçait systématiquement les traces avant que je puisse les suivre.

Elena observa l’objet.

— Où mène-t-elle ?

— Aux anciennes archives de Morel Laboratoires.


Les archives avaient été transférées dans un entrepôt appartenant désormais à Valmera Holdings.

Mais Marco avait conservé une copie partielle d’un serveur avant la vente.

Ils la chargèrent immédiatement.

Des centaines de dossiers apparurent.

La plupart étaient corrompus.

Puis Elena trouva un répertoire intitulé HÉRITAGE.

À l’intérieur se trouvaient les dossiers médicaux de plusieurs membres de la famille Morel.

Le père de Luca.

Marco.

Luca.


Et, ajouté beaucoup plus récemment, Matteo.

Perrin parcourut les analyses.

Plus il lisait, plus son visage se fermait.

— Je crois comprendre.

— Parlez, ordonna Luca.

— Votre père présentait une anomalie génétique extrêmement rare affectant certains récepteurs cardiaques. Vous et Marco l’avez héritée sous des formes différentes.

— Et Matteo ?

Perrin agrandit une séquence.

— Chez lui, la combinaison est complète.

Elena murmura :


— Sujet compatible.

Le médecin acquiesça.

— Votre père finançait apparemment des recherches sur un traitement capable de régénérer certains tissus cardiaques endommagés. Mais pour poursuivre le programme, ils avaient besoin d’un profil génétique très précis.

Luca regarda son fils à travers la vitre de la chambre voisine.

— Celui de Matteo.

— Oui.

Marco serra les poings.

— Valmera a acheté le laboratoire parce qu’ils savaient qu’un enfant compatible finirait peut-être par naître dans notre famille.

Une nausée froide envahit Luca.

— Alors pourquoi l’empoisonner ?


Perrin réfléchit.

— Pour provoquer artificiellement la dégradation qu’ils voulaient étudier.

Elena comprit avant lui.

— Ils créaient leur propre malade.

Le silence qui suivit fut plus violent qu’un cri.

Pendant des mois, Matteo n’avait pas été seulement une cible.

Il avait été une expérience.

Luca détourna les yeux.

S’il laissait sa colère prendre le contrôle maintenant, il tuerait quelqu’un avant d’obtenir les réponses dont il avait besoin.

— Trouvez Sofia.


Marco parcourut les métadonnées du dernier fichier.

— La vidéo a été nettoyée, mais pas parfaitement.

Une donnée avait survécu.

Une signature électrique industrielle.

Perrin la reconnut.

— Ce type de réseau existe encore dans l’ancienne usine biomédicale de Saint-Victor.

Marco leva les yeux.

— L’ancien site de Morel Laboratoires.

Tout revenait au même endroit.

Luca vérifia son arme.


— On part.

— Luca, dit Elena, si Valmera garde Sofia là-bas, ils s’attendent probablement à vous voir arriver.

— Tant mieux.

— Ce n’est pas une stratégie.

— Non.

Il regarda Matteo.

— C’est une promesse.

Pourtant, il ne partit pas immédiatement.

Cette fois, Luca refusa d’agir comme l’ennemi l’avait prévu.

Étienne fut amené dans la salle.


Il connaissait encore les anciens tunnels de service du complexe de Saint-Victor.

Marco connaissait les archives.

Elena connaissait les méthodes de Sofia.

Perrin devait rester avec Matteo.

Pour la première fois depuis le début, Luca cessa d’essayer de tout contrôler seul.

— Étienne, vous nous faites entrer.

L’ancien responsable de la sécurité acquiesça.

— Marco, tu bloques toutes les communications du bâtiment seulement après notre entrée.

— Compris.

— Elena…


— Je viens.

Luca voulut protester.

Elle l’interrompit.

— Sofia m’a confié sa vie. Vous ne me laisserez pas derrière maintenant.

Il ne répondit pas.

Une heure plus tard, trois véhicules quittèrent discrètement la propriété.

L’usine de Saint-Victor se dressait au bord d’une ancienne zone industrielle, immense masse de béton abandonnée face à la mer.

Aucune lumière extérieure.

Aucun gardien visible.

Trop calme.


Étienne les conduisit jusqu’à un tunnel technique dissimulé derrière une station électrique condamnée.

— Ce passage menait autrefois directement au secteur de recherche.

Ils avancèrent dans l’obscurité.

Après cinquante mètres, Luca entendit des voix.

Deux hommes armés.

Ses hommes les neutralisèrent avant qu’ils puissent donner l’alerte.

Sur l’un d’eux, Marco trouva une carte Valmera.

Niveau 4.

Le laboratoire souterrain.

Ils descendirent.

Derrière une vitre, des dizaines de moniteurs affichaient des dossiers médicaux.

Luca s’arrêta devant l’un d’eux.

MATTEO MOREL.

FRÉQUENCE CARDIAQUE.

CONCENTRATION SÉRIQUE.

RÉPONSE AU COMPOSÉ.

Toutes les crises de son fils avaient été enregistrées.

À distance.

— Ils le surveillaient en temps réel, murmura Elena.

Marco ouvrit un autre fichier.

PROTOCOLE M-3.

Une phrase apparaissait en rouge.

PHASE FINALE : EXTRACTION APRÈS DÉCOMPENSATION CONTRÔLÉE.

Luca fixa l’écran.

— Extraction de quoi ?

Elena ouvrit le document suivant.

Son visage se décomposa.

— De cellules cardiaques.

Perrin avait raison.

Ils avaient besoin de Matteo vivant.

Mais suffisamment malade pour justifier une intervention.

Et une fois entre leurs mains, personne n’aurait su ce qu’ils lui auraient réellement retiré.

Soudain, une voix résonna dans les haut-parleurs.

— Luca.

Il se figea.

Cette voix.

Il aurait pu la reconnaître après cent ans.

— Sofia.

Un écran s’alluma.

Elle était assise sur une chaise dans une pièce située quelque part dans le complexe.

Vivante.

Amaigrie.

Mais vivante.

Luca posa instinctivement une main sur l’écran.

— Je viens te chercher.

Sofia secoua immédiatement la tête.

— Non. Écoute-moi.

Une alarme silencieuse apparut sur les moniteurs.

Marco jura.

— Ils savent que nous sommes ici.

Sofia regarda droit dans la caméra.

— Luca, ils vont essayer de te faire choisir entre moi et Matteo.

— Matteo est en sécurité.

Les yeux de Sofia se remplirent de larmes.

— Non.

Le téléphone de Luca vibra.

Perrin.

Il décrocha.

— Luca…

Au ton du médecin, son sang se glaça.

— Quoi ?

— Quelqu’un vient d’activer à distance la capsule que nous avons retirée.

Luca fronça les sourcils.

— Elle n’est plus dans son corps.

— Je sais.

Perrin respira difficilement.

— Mais la capsule n’était pas seulement un diffuseur.

— Alors quoi ?

— Un émetteur.

Une seconde plus tard, toutes les lumières du laboratoire s’allumèrent.

Sur un écran central apparut une carte.

Un point rouge clignotait.

Pas à Saint-Victor.

À la propriété Morel.

Exactement sous la chambre où Matteo était censé être protégé.

Puis une ligne de texte apparut :

SUJET M-3 LOCALISÉ.

RÉCUPÉRATION EN COURS.

À suivre — cliquez sur la Partie 9 pour lire la suite.

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