« Ne bougez plus. »
La voix de l’agente avait changé. Quelques secondes plus tôt, elle parlait avec cette neutralité froide des gens habitués à conserver des secrets. Maintenant, chaque syllabe était tendue. Elle recula d’un pas, ouvrit lentement son manteau et porta deux doigts à l’oreillette dissimulée sous ses cheveux.
« Équipe Alpha, confirmez le statut du site. »
Aucune réponse.
Le bip retentit encore.
Je fixai la porte métallique du box 17. Mon instinct me disait de m’éloigner, mais une autre partie de moi refusait de partir. Mon père avait préparé cet instant vingt ans auparavant. Il avait payé un fossoyeur, laissé une clé, organisé sa propre disparition et impliqué la DGSI. S’il avait voulu simplement me protéger, il aurait pu me demander de fuir. Au lieu de cela, il m’avait conduite ici.
« Quel est votre nom ? » demandai-je.
La femme hésita une fraction de seconde.
« Claire Vasseur. »
« Et qu’est-ce qui produit ce bip ? »
Elle ne répondit pas immédiatement.
« Je ne sais pas encore. »
Je tournai lentement la tête vers elle.
« Vous m’attendiez devant ce box, mais vous ignorez ce qu’il contient ? »
Son regard se durcit.
« Votre père avait ses propres méthodes. Même avec nous. »
Cette phrase m’arrêta.
« Avec vous depuis combien de temps ? »
Avant qu’elle puisse répondre, mon téléphone vibra de nouveau. Cette fois, ce n’était pas un appel.
Un message de ma mère.
**Nathalie, je sais que tu n’es pas rentrée. Ne fais confiance à personne. Ton père a menti à tout le monde.**
Je sentis mon estomac se contracter.
Je montrai l’écran à Claire.
Elle pâlit légèrement.
« Éteignez votre téléphone. Maintenant. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’on peut probablement vous localiser avec. »
Je soutins son regard.
« Ma mère sait déjà que je ne suis pas rentrée. »
Claire ne répondit rien.
Je compris alors ce qui me dérangeait depuis mon arrivée. Elle connaissait mon nom, mon grade, les instructions laissées par mon père. Pourtant, elle semblait découvrir certains éléments en même temps que moi.
« Montrez-moi votre carte encore une fois. »
Ses yeux se plissèrent.
« Colonelle… »
« Votre carte. »
Pendant quelques secondes, nous restâmes immobiles face à face. Puis elle la sortit lentement. Je l’examinai sans la toucher. Elle semblait authentique, mais une carte authentique ne prouvait pas qu’une personne était encore autorisée à mener une opération.
« Appelez votre supérieur. »
« Ce n’est pas possible. »
« Pourquoi ? »
Le bip retentit une quatrième fois.
Claire regarda la porte.
« Parce que mon supérieur est votre père. »
Le silence devint presque physique.
Je crus d’abord avoir mal entendu.
« Répétez. »
Elle serra la mâchoire.
« Raymond Mercier n’était pas officiellement mon supérieur. Pas dans les registres. Mais depuis onze ans, il dirigeait un réseau parallèle de renseignement lié à une enquête interne. »
J’eus envie de rire, simplement parce que l’alternative aurait été de laisser ma colère exploser.
Mon père, professeur d’histoire militaire à la retraite, celui qui préparait du café trop fort le dimanche matin et pestait contre les journaux télévisés, aurait dirigé une opération clandestine pendant onze ans ?
« Vous mentez. »
« J’aimerais que ce soit aussi simple. »
Elle s’approcha du clavier installé près du box et tapa quatre chiffres. Rien ne se produisit.
Puis elle me regarda.
« La clé. »
Je sortis la petite clé en laiton de ma poche. Elle n’était pas destinée à la serrure principale. Sous le clavier, presque invisible, se trouvait une fente mécanique.
Je l’insérai.
Le bip s’arrêta.
Un déclic résonna à l’intérieur.
La porte du box remonta de quelques centimètres avant de s’immobiliser.
Claire voulut la soulever.
Je lui saisis le poignet.
« Vous restez derrière moi. »
Elle me lança un regard presque amusé malgré la tension.
« Vous savez que je suis censée vous protéger ? »
« Aujourd’hui, beaucoup de gens semblent savoir ce qu’ils sont censés faire. »
Je soulevai lentement la porte.
Aucune explosion. Aucun mouvement.
Seulement une lumière rouge clignotant dans l’obscurité.
Le bip venait d’un petit appareil posé sur une table : un ancien magnétophone numérique relié à une minuterie.
Autour de lui, le box ressemblait davantage à une salle d’archives qu’à un garde-meubles. Des dizaines de cartons étaient empilés contre les murs. Certains portaient des dates remontant à plus de vingt ans. D’autres étaient marqués de noms, d’initiales et de numéros de dossiers.
Mais ce qui attira immédiatement mon attention se trouvait au centre.
Une photographie.
Mon père, beaucoup plus jeune, se tenait devant une maison que je reconnus aussitôt : celle où j’avais grandi.
À côté de lui se trouvait ma mère.
Et entre eux, une troisième personne dont le visage avait été soigneusement découpé au cutter.
Je retournai la photographie.
Trois mots avaient été écrits au dos.
**Elle n’est pas morte.**
« Qui ? » murmurai-je.
Claire resta silencieuse.
Je la regardai.
Elle fixait la photo comme si elle venait de voir un fantôme.
« Vous connaissez cette image. »
« Non. »
« Alors pourquoi avez-vous peur ? »
Avant qu’elle puisse répondre, le magnétophone s’alluma tout seul.
Un souffle de parasites remplit le box.
Puis la voix de mon père retentit.
« Nathalie, si tu écoutes ceci, ils ont réussi à faire croire à ma mort. Cela signifie aussi que je n’ai plus beaucoup de temps. »
Ma poitrine se serra.
Sa voix était calme. Vivante. Terriblement familière.
« La première chose que tu dois comprendre, continua-t-il, c’est que ta mère ne t’a jamais dit toute la vérité sur la nuit où tu es née. »
Je tournai lentement les yeux vers Claire.
Elle avait baissé la tête.
L’enregistrement continua.
« Et la deuxième chose… c’est que Claire Vasseur ne travaille plus pour nous depuis six mois. »
Je n’eus même pas le temps de réagir.
Claire recula brutalement.
Au même instant, la porte du box s’abattit derrière nous dans un fracas métallique.
Nous étions enfermées.
Puis une voix masculine inconnue résonna depuis un haut-parleur dissimulé quelque part dans l’obscurité.
« Colonelle Mercier, posez la photographie au sol. Votre père vous a déjà fait perdre assez de temps. »







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