Divertissement

Lors Des Funérailles De Mon Père, Le Fossoyeur M’a Révélé Que Son Cercueil Était Vide… Puis Il M’a Donné Une Clé

Je ne posai pas la photographie.

Au contraire, je la glissai lentement dans la poche intérieure de mon manteau sans quitter Claire des yeux. Elle s’était immobilisée à trois mètres de moi, les mains visibles, le visage éclairé par intermittence par la lumière rouge du magnétophone. La phrase de mon père tournait encore dans ma tête : Claire Vasseur ne travaille plus pour nous depuis six mois. Il n’avait pas dit qu’elle était une ennemie. Il n’avait pas dit de la fuir. Cette nuance pouvait être insignifiante ou constituer la seule raison pour laquelle nous étions encore vivantes.

« Qui êtes-vous vraiment ? »

Claire inspira lentement.

« Pas la personne dont vous devriez avoir peur maintenant. »

La voix masculine retentit de nouveau dans le haut-parleur.

« La photographie, colonelle. Vous avez dix secondes. »

Je balayai le box du regard. Une porte métallique derrière nous, aucun accès apparent, des étagères chargées de cartons, une grille de ventilation près du plafond. Celui qui nous observait disposait probablement d’une caméra.

« Il bluffe », murmurai-je.

Claire secoua presque imperceptiblement la tête.


« Non. »

« Vous le connaissez ? »

Elle ne répondit pas.

« Huit secondes », annonça la voix.

Je m’approchai du magnétophone.

« Nathalie, ne faites pas ça », souffla Claire.

Je retournai l’appareil. Un câble disparaissait derrière la table, mais il alimentait seulement le haut-parleur secondaire. La lumière rouge, elle, provenait d’une batterie autonome.

« Six secondes. »

Je saisis une chaise métallique et la lançai contre l’ampoule fixée au plafond.

Le box plongea dans l’obscurité.


Presque simultanément, Claire me saisit par l’épaule et nous nous plaquâmes derrière une rangée d’étagères.

Un claquement sec retentit.

Puis un sifflement.

« Gaz », souffla Claire.

Une odeur âcre commença à envahir l’air.

Nous n’avions que quelques minutes, peut-être moins.

Claire sortit son téléphone et activa sa lampe.

« Derrière les cartons datés de 2004. Votre père m’avait parlé d’une sortie secondaire. »

« Quand ? »

« Il y a huit mois. »


Nous poussâmes les cartons. Derrière eux apparut une plaque rectangulaire vissée dans le mur. Claire sortit un petit outil de sa poche.

Je lui arrachai presque des mains.

« Pendant que j’ouvre, vous parlez. Pourquoi mon père disait-il que vous ne travailliez plus pour lui ? »

Elle resta silencieuse quelques secondes.

« Parce qu’il m’a renvoyée de l’opération. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j’ai découvert quelque chose qu’il voulait vous cacher. »

Je m’arrêtai.

« Quoi ? »

« Ouvrez d’abord. »


La fumée descendait déjà du plafond.

Je retirai la dernière vis. Derrière la plaque se trouvait un passage étroit donnant sur le box voisin. Nous nous y glissâmes et ressortîmes dans un espace vide. Claire trouva le mécanisme manuel de la porte et la souleva.

L’air froid extérieur me frappa au visage.

Nous courûmes jusqu’à mon SUV.

« Pas votre voiture », dit-elle.

« Pourquoi ? »

« Parce qu’ils connaissent votre véhicule. »

Elle désigna une vieille Peugeot grise stationnée derrière le bâtiment.

« La mienne. »

Quelques minutes plus tard, nous roulions vers l’ouest sous une pluie devenue violente. Je regardai dans le rétroviseur. Aucun véhicule ne semblait nous suivre.


« Maintenant, vous parlez. »

Claire garda les yeux sur la route.

« Votre père travaillait sur une affaire appelée Orphée. Elle a commencé officiellement en 2004, mais ses origines remontent plus loin. Il enquêtait sur un réseau capable de manipuler des identités administratives, des certificats de décès et certains dossiers militaires. »

Je pensai immédiatement au cercueil vide.

« Faire disparaître des gens. »

« Ou en faire réapparaître d'autres. »

Cette réponse était pire.

« Et ma mère ? »

Les doigts de Claire se crispèrent sur le volant.

« Je ne sais pas exactement quel rôle elle joue. »


« Mais vous savez quelque chose. »

Elle finit par acquiescer.

« Il y a six mois, j’ai trouvé un dossier que Raymond avait volontairement retiré des archives Orphée. Il concernait votre naissance. »

Je sentis mon cœur accélérer.

« Je suis née à Versailles. Le 14 février 1980. »

Claire me regarda brièvement.

« C’est ce que dit votre acte de naissance. »

« Qu’est-ce que ça signifie ? »

« Que le registre original de la maternité ne contient aucune Nathalie Mercier née ce jour-là. »

Je restai muette.


Des souvenirs absurdes me traversèrent l’esprit : ma mère préparant mes anniversaires, mon père m’apprenant à faire du vélo, les vacances en Bretagne, les disputes adolescentes. Une vie entière ne pouvait pas être effacée par une ligne manquante dans un registre.

« Vous insinuez que Raymond n’était pas mon père ? »

« Non. Les analyses que j’ai trouvées indiquaient le contraire. Raymond était biologiquement votre père. »

« Alors ma mère ? »

Claire ne répondit pas.

Je compris.

« Vous avez testé son ADN. »

« Votre père l’avait fait. »

La pluie frappait le pare-brise comme des poignées de gravier.

« Et ? »


« Le résultat n’était pas dans le dossier. Quelqu’un avait retiré cette page. »

Mon téléphone, que j’avais oublié d’éteindre, vibra soudain dans ma poche.

Un nouveau message.

Cette fois, il provenait du numéro de mon père.

Je cessai presque de respirer.

Claire se rangea immédiatement sur le bas-côté.

J’ouvris le message.

**Si Claire est avec toi, demande-lui ce qui s’est passé à Sarajevo le 18 novembre 2003.**

Je lui montrai l’écran.

Toute expression disparut de son visage.


« Impossible », murmura-t-elle.

« Pourquoi ? »

« Parce que personne ne connaît cette date. »

« Mon père, apparemment. »

Elle sortit de la voiture et resta quelques secondes sous la pluie. Je la rejoignis.

« Claire. »

Elle se retourna enfin.

« En 2003, je n’étais pas encore à la DGSI. J’étais officier traitant pour un autre service. Raymond participait à une opération en Bosnie sous couverture. Nous devions récupérer une Française qui voulait quitter un réseau clandestin. Elle détenait des informations sur Orphée. »

« Son nom ? »

Claire ferma les yeux.


« Isabelle Delcourt. »

Ce nom ne signifiait rien pour moi.

Jusqu’à ce qu’elle ajoute :

« Votre père disait qu’Isabelle était morte cette nuit-là. Mais je l’ai vue monter vivante dans une voiture avec lui. »

La femme au visage découpé sur la photographie.

Je sortis le cliché de ma poche.

Claire le prit entre ses doigts tremblants.

« C’est elle. »

Mon téléphone sonna.

Encore le numéro de mon père.

Cette fois, je décrochai.

« Papa ? »

Pendant plusieurs secondes, je n’entendis qu’une respiration.

Puis une voix de femme murmura :

« Nathalie ? »

Je me figeai.

Ce n’était pas ma mère.

« Qui êtes-vous ? »

Un sanglot étouffé traversa la ligne.

Puis la femme prononça une phrase qui fit vaciller le monde autour de moi.

« Je m’appelle Isabelle Delcourt. Raymond m’avait promis que tu ne découvrirais jamais que c’est moi qui t’ai mise au monde. »

Avant que je puisse parler, une voix masculine cria quelque chose derrière elle.

La communication fut brutalement coupée.

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