Divertissement

Lors Des Funérailles De Mon Père, Le Fossoyeur M’a Révélé Que Son Cercueil Était Vide… Puis Il M’a Donné Une Clé

Pendant une seconde, je ne regardai pas le canon de l’arme. Je regardai les yeux de Claire. C’est là que j’avais appris à chercher la vérité. Sur le terrain, une arme pouvait mentir : être vide, servir à intimider, gagner quelques secondes. Les yeux, beaucoup moins. Et ceux de Claire ne contenaient ni haine ni détermination. Ils contenaient de la peur.

« Posez la carte mémoire sur la table », dit-elle.

Sa voix tremblait à peine.

« Vous travaillez pour Orphée depuis 2017 ? »

« Posez-la. »

« C’est pour ça que mon père vous a écartée il y a six mois ? »

Elle déglutit.

Derrière la porte, Valmont attendait toujours.

« Claire », dis-je plus doucement, « si vous vouliez réellement me livrer, vous aviez vingt occasions de le faire. Pourquoi maintenant ? »

Son regard vacilla.


Puis elle pivota brusquement et pointa l’arme vers la porte.

« Parce qu’il fallait que Valmont croie que je suivais encore le protocole. »

Trois coups retentirent.

« Très convaincant », lança Valmont depuis le couloir. « Mais nous n’avons plus le temps. »

Claire abaissa son arme.

« Il dit vrai sur une chose. Mon nom figure dans Eurydice. J’ai accepté d’être votre contrôleur secondaire. »

La trahison me traversa malgré tout.

« Pourquoi ? »

« Pour approcher Orphée. Raymond me l’avait demandé. »

« Et il ne m’a rien dit. Encore une fois. »


« Parce qu’à l’époque nous pensions qu’Orphée cherchait seulement votre habilitation. Il y a six mois, j’ai découvert que l’opération avait commencé avant même votre entrée à Saint-Cyr. J’ai voulu tout vous révéler. Raymond m’en a empêchée et m’a sortie du réseau. »

Je regardai l’écran.

« Et la mission prioritaire ? »

« C’était ma couverture. Si j’avais réellement obéi, vous n’auriez jamais vu le box 17. »

Je voulais la croire. Mais j’avais déjà trop cru.

« Ouvrez », dis-je.

Claire me regarda comme si j’avais perdu la raison.

« Nathalie… »

« Valmont est venu seul. S’il voulait nous arrêter, cet appartement serait déjà encerclé. »

J’ouvris.


Le général Antoine Valmont entra lentement. Soixante ans, posture impeccable, costume sombre trempé par la pluie. L’homme qui m’avait félicitée après ma promotion semblait avoir vieilli de dix ans en quelques jours.

Claire le fouilla. Il n’était pas armé.

« Isabelle ? » demandai-je.

« Vivante. Pour l’instant. »

« Où ? »

« Je l’ignore. »

Je fis un pas vers lui.

« Vous venez de me demander d’ouvrir pour la revoir. »

« Parce que ceux qui la détiennent veulent quelque chose que vous seule pouvez leur donner demain matin. Si vous refusez d’aller à la réunion, Isabelle mourra et Orphée disparaîtra encore vingt ans. »

« Vous travaillez pour eux. »


« Oui. »

Sa facilité à l’admettre me déstabilisa.

« Depuis trente et un ans. »

Claire serra son arme.

« Pourquoi venir nous le dire ? »

Valmont regarda l’ordinateur.

« Parce qu’ils ont changé le protocole. Eurydice devait permettre d’authentifier une identité dormante, rien de plus. Mais l’homme que vous venez de voir sur cette photographie ne devait jamais être le bénéficiaire. »

Je retournai vers l’écran.

La photo représentait Armand de Villiers, ancien haut fonctionnaire français, officiellement mort huit ans plus tôt dans un accident d’avion en Méditerranée. Son décès avait fait la une des journaux. Son corps n’avait jamais été retrouvé.

« De Villiers est vivant ? »


Valmont acquiesça.

« Et il contrôle Orphée depuis au moins douze ans. »

« Pourquoi veut-il retrouver une identité officielle ? »

« Il ne veut pas retrouver la sienne. Il veut en obtenir une nouvelle, certifiée par les systèmes les plus protégés de l’État. Une identité qui lui donnerait accès à des réseaux où son visage actuel ne pourrait jamais entrer. »

Claire fronça les sourcils.

« Quelle identité ? »

Valmont me regarda.

« Celle de Raymond Mercier. »

Je crus avoir mal entendu.

« Mon père est officiellement mort depuis trois jours », dis-je.


« Exactement. Une identité propre, récente, avec des accès résiduels et surtout un décès suffisamment nouveau pour être réversible dans certains systèmes avant archivage définitif. »

Tout s’assembla brutalement.

Le cercueil vide.

La fausse mort.

L’activation.

« Mon père savait. »

« Il soupçonnait. C’est pourquoi il a déclenché lui-même sa fausse mort avant qu’Orphée puisse contrôler les circonstances. Il voulait empoisonner leur opération. »

Je pensai au message reçu depuis son numéro, à Isabelle, au registre.

« Pourquoi moi ? »

Valmont hésita.


« Parce que le protocole de réactivation exige une validation familiale biométrique lorsque l’identité appartient à un ancien opérateur clandestin. Raymond vous a enregistrée comme personne de confiance il y a vingt ans. »

« Donc toute ma carrière… »

« Devait vous conduire à posséder l’autorité suffisante le jour où Orphée aurait besoin de Raymond. Mais personne n’avait prévu que vous deviendriez colonelle aussi vite. Ça, Nathalie, vous l’avez fait seule. »

Pour la première fois depuis des heures, quelque chose en moi se remit à tenir debout.

Puis mon téléphone vibra.

Un fichier vidéo venait d’arriver.

Isabelle apparut assise dans une pièce blanche. Aucun signe visible de blessure. Derrière elle, une horloge indiquait 23 h 17.

Une voix déformée parla hors champ.

« Colonelle Mercier, demain à 08 h 40, vous validerez l’identité qui vous sera présentée. Si vous contactez les autorités ou refusez, Isabelle Delcourt disparaîtra définitivement. »

La vidéo s’arrêta.


Valmont regarda sa montre.

« Ils vont vous surveiller jusqu’à demain. »

Je fixai l’écran noir.

« Alors je vais à cette réunion. »

Claire secoua la tête.

« C’est exactement ce qu’ils veulent. »

« Oui. C’est pour ça qu’ils ne s’attendront pas à ce que je leur donne exactement ce qu’ils demandent. »

Valmont comprit avant elle.

« Vous voulez valider Raymond. »

« Je veux qu’ils croient que je le valide. »


Je repris la carte mémoire.

« Il doit exister un moyen de marquer une authentification. Un identifiant silencieux permettant de suivre ensuite toutes les connexions réalisées sous cette identité. »

Valmont réfléchit.

« Jupiter possède un protocole de compromission. Si un officier authentifie sous contrainte, il peut insérer un code dans sa séquence biométrique. L’accès paraît accepté, mais chaque utilisation déclenche une trace indépendante. »

Claire me regarda.

« Vous pourriez cartographier Orphée. »

« Et trouver Isabelle. »

Valmont resta silencieux.

Je compris qu’il cachait encore quelque chose.

« Quoi ? »


Il baissa les yeux.

« Pour utiliser ce code, vous devez connaître la séquence personnelle attribuée lors de votre habilitation. »

« Je la connais. »

« Non. Celle enregistrée dans Jupiter n’est pas la vôtre. Orphée l’a remplacée il y a trois semaines. »

Mon habilitation renouvelée.

« Par quelle séquence ? »

Valmont sortit un morceau de papier de sa poche et le posa devant moi.

Six chiffres.

**120280.**

Ma véritable date de naissance.

Je relevai les yeux.

« Qui a modifié mon dossier ? »

Valmont répondit :

« Isabelle. »

Le silence tomba.

« Impossible. »

« Elle avait encore un accès dormant. Elle savait qu’Orphée approchait de l’activation et elle vous a laissé une porte de sortie. »

À cet instant, l’ordinateur émit un signal.

Un nouveau fichier venait de se déverrouiller automatiquement.

**EURYDICE — ANNEXE MATERNELLE.**

Je l’ouvris.

Une liste d’autorisations apparut.

Tout en bas figurait une information qui nous réduisit tous au silence.

Le protocole ne nécessitait pas seulement ma validation.

Il exigeait deux signatures biologiques.

**DESCENDANTE : NATHALIE MERCIER.**

Et sous cette ligne :

**ASCENDANTE : ISABELLE DELCOURT.**

Je regardai Valmont.

« Ils ne gardent pas Isabelle comme moyen de pression. »

Il acquiesça lentement.

« Non. »

Claire termina la pensée.

« Ils ont besoin d’elle demain matin. »

Mon téléphone vibra encore.

Cette fois, le message venait du numéro d’Isabelle.

Une photographie prise quelques secondes plus tôt montrait l’entrée d’un bâtiment que je connaissais parfaitement.

Le ministère.

Sous l’image, quatre mots seulement :

**Je suis déjà à l’intérieur.**

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