Élodie resta figée devant l’écran noir. Pendant une seconde, elle fut incapable de respirer. Puis elle rappela Madeleine. Une fois. Deux fois. Trois fois. Aucun signal. L’appel était immédiatement interrompu. Ses doigts commencèrent à trembler.
« Appelez la police », souffla-t-elle.
Marc avait déjà sorti son téléphone.
« Je contacte Boston. »
« Je viens avec vous. » Élodie se tourna vers Alexandre. « Je prends le premier avion. »
« Oui. »
Elle s’attendait presque à ce qu’il tente de la retenir. Au lieu de cela, Alexandre donna immédiatement des instructions pour préparer le jet.
« Marc, tu restes ici avec Sophie. Personne n’entre sans ton autorisation. Même Claire. »
Claire ouvrit la bouche, blessée.
« Alexandre… »
« Ce n’est pas contre toi. Je ne fais plus confiance à personne tant que je ne sais pas qui utilise ma famille. »
Quarante minutes plus tard, Élodie était de nouveau dans l’avion où toute cette histoire avait commencé. Mais cette fois, elle ne dormit pas. Assise près du hublot, elle regardait l’obscurité tandis que l’Atlantique s’étendait sous eux. Alexandre occupait le siège d’en face. Entre eux se trouvaient les photographies de Marianne, les documents laissés par Philippe et les premières informations retrouvées sur la famille Laurent.
« Vous devriez essayer de dormir », dit Alexandre.
« Ma mère vient peut-être d’être enlevée parce que j’ai posé une question. »
« Madeleine n’est peut-être pas votre mère biologique, mais elle reste votre mère. »
Élodie releva les yeux. Cette phrase, venant de lui, fit tomber une partie de sa colère.
« J’ai passé des années à lui reprocher de ne jamais me parler de mon adoption. Je pensais qu’elle avait honte de quelque chose. »
« Elle avait peut-être peur. »
Élodie regarda la photographie de Marianne.
« Et si tout ce qu’elle m’a raconté était faux ? »
Alexandre hésita.
« Alors vous aurez le droit d’être en colère. Mais commencez par la retrouver. Le reste viendra après. »
Quelques heures plus tard, Marc les appela depuis Paris.
La police de Boston était arrivée chez Madeleine.
La maison était vide.
Aucune trace d’elle.
Mais surtout, aucun signe d’effraction.
Élodie fronça les sourcils.
« J’ai entendu la porte être enfoncée. »
« C’est ce que j’ai dit », répondit Marc. « Pourtant la serrure est intacte. »
Alexandre échangea un regard avec elle.
« Donc Madeleine connaissait peut-être celui qui est entré », murmura Élodie.
Cette possibilité lui faisait presque plus mal que l’enlèvement.
À leur arrivée à Boston, deux hommes de sécurité les conduisirent directement chez Madeleine. Élodie entra la première.
La cuisine était exactement comme elle l’avait vue pendant l’appel. Une chaise renversée. Une tasse cassée. Le téléphone de Madeleine sur le sol.
Mais quelque chose clochait.
Élodie traversa lentement la pièce.
« Le tableau. »
Alexandre regarda le mur.
« Quel tableau ? »
« Il y avait une photo ici. »
Depuis son enfance, une vieille photographie représentant Madeleine plus jeune était accrochée près de la fenêtre. Elle avait disparu.
Élodie monta immédiatement à l’étage et ouvrit l’armoire de la chambre.
Une petite boîte métallique se trouvait derrière des couvertures.
Vide.
« Elle gardait mes papiers ici. »
« Quelqu’un les a pris ? »
Élodie secoua la tête.
« Non. Regardez la poussière. »
Une trace nette apparaissait sur l’étagère.
« La boîte a été déplacée récemment. Avant aujourd’hui. »
Alexandre comprit.
« Madeleine avait préparé quelque chose. »
Ils fouillèrent la chambre pendant près d’une heure. Ce fut Élodie qui remarqua finalement une enveloppe glissée à l’intérieur d’un ancien livre de recettes.
Son prénom était écrit dessus.
**ÉLODIE — SI LE PENDENTIF TE RAMÈNE À PARIS.**
Elle sentit ses jambes devenir molles.
Alexandre resta à distance pendant qu’elle ouvrait l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvaient une clé et une lettre.
*Ma chérie,*
*Si tu lis ceci, alors le passé nous a retrouvées.*
Élodie dut s’arrêter.
*Je t’ai menti sur beaucoup de choses, mais jamais sur une seule : je t’ai aimée comme ma fille dès la première nuit.*
*L’homme qui t’a amenée chez moi s’appelait Gabriel Laurent.*
Élodie leva brusquement les yeux.
« Gabriel… »
« Votre grand-père », murmura Alexandre.
Elle continua.
*Il m’a confié que Marianne avait découvert quelque chose concernant plusieurs entreprises, dont Laurent Médical et le groupe Valois. Elle avait rassemblé des documents et voulait les remettre aux autorités. Quelqu’un l’a appris.*
*Gabriel croyait que Marianne avait été trahie par une personne très proche d’elle.*
Plus bas, une phrase avait été soulignée.
*Philippe Valois n’était pas l’homme qui voulait votre mort.*
Alexandre expira lentement.
Élodie poursuivit.
*Il a aidé Gabriel à organiser ta disparition officielle. C’était le seul moyen de te garder en vie.*
Tout ce qu’ils avaient supposé venait encore de changer.
Philippe n’avait peut-être pas participé à la disparition de Marianne.
Il avait aidé à sauver Élodie.
« Alors pourquoi votre père a-t-il demandé à Claire de m’éloigner ? »
Alexandre regarda la lettre.
« Peut-être parce qu’il savait que votre retour ferait revenir ceux qui vous cherchaient. »
Élodie déplia la dernière page.
*Gabriel m’a donné une clé. Elle ouvre un coffre à Paris. Il m’a fait promettre de ne jamais chercher ce qu’il contenait. Si tu dois l’ouvrir un jour, ne fais confiance à personne simplement parce qu’il porte le nom Laurent ou Valois.*
Puis venait une dernière phrase.
*Et surtout, Élodie, si Étienne Delmas est encore vivant, ne lui dis jamais où se trouve cette clé.*
Élodie regarda l’objet posé dans sa paume.
Son téléphone vibra soudain.
Numéro inconnu.
Un message venait d’arriver.
Une photographie.
Madeleine était assise dans une pièce qu’Élodie ne reconnaissait pas. Elle semblait terrifiée, mais vivante.
Sous l’image figurait une adresse à Boston et une instruction :
**VENEZ SEULE AVEC LA CLÉ. DEUX HEURES.**
Alexandre lut par-dessus son épaule.
« Vous n’irez pas seule. »
« Si je refuse, ils peuvent la tuer. »
« Et si vous acceptez, ils auront Madeleine, la clé et vous. »
Élodie serra les dents.
« Alors qu’est-ce qu’on fait ? »
Alexandre observa la photographie plus attentivement. Puis il agrandit l’image.
« Attendez. »
Derrière Madeleine se trouvait une fenêtre. Dans son reflet apparaissait une partie du visage de l’homme qui avait pris la photo.
Élodie ne le connaissait pas.
Mais Alexandre, lui, devint livide.
« Vous savez qui c’est ? »
Il ne répondit pas immédiatement.
« Alexandre. »
Il leva enfin les yeux.
« Cet homme s’appelle Antoine Delmas. »
Élodie sentit son estomac se nouer.
« Delmas ? »
« Le fils d’Étienne. Il travaillait pour mon père avant de disparaître il y a huit ans. Tout le monde pensait qu’il était mort dans un accident en Suisse. »
Le téléphone d’Alexandre sonna presque aussitôt.
Marc.
Alexandre décrocha.
« Quoi ? »
Son expression changea progressivement.
« Tu es certain ? »
Il mit le haut-parleur.
« Les premiers résultats ADN viennent d’arriver », annonça Marc depuis Paris. « La comparaison avec les échantillons conservés de Gabriel Laurent est suffisamment forte pour établir le lien familial. Élodie est bien sa descendante directe. »
Élodie ferma les yeux.
C’était donc vrai.
Elle était Élodie Laurent.
Mais Marc n’avait pas terminé.
« Il y a autre chose. J’ai demandé au laboratoire de comparer son profil avec toutes les données familiales auxquelles nous avions légalement accès dans les anciennes archives de l’enquête. »
Un silence.
« Ils ont trouvé une correspondance supplémentaire. »
Alexandre se raidit.
« Avec qui ? »
La voix de Marc devint plus basse.
« Avec un échantillon attribué à Marianne Laurent. »
Élodie sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Alors elle était vraiment ma mère. »
« Oui. Mais ce n’est pas ça le problème. »
Marc inspira.
« Cet échantillon a été prélevé en 2008. »
Élodie regarda Alexandre sans comprendre.
Marianne était censée être morte en 1994.
Marc prononça alors les mots qui firent basculer tout le reste.
« Si les archives sont authentiques, Marianne Laurent était encore vivante quatorze ans après sa prétendue mort. »







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