L’amphithéâtre entier s’est figé.
Sur l’écran géant, derrière le pupitre où devait bientôt apparaître la présentation officielle de la promotion, une page blanche s’est affichée quelques secondes avant de laisser place à un document marqué en rouge : « CONFIDENTIEL — PROJET CLINIQUE L-17 — ACCÈS RESTREINT ».
J’ai cessé de respirer.
Je connaissais ce dossier.
Je le connaissais mieux que personne.
Mes doigts se sont crispés autour du bord de mon manteau encore humide.
« Professeur… » ai-je murmuré.
Le doyen Delcourt s’est arrêté net.
Son visage avait changé.
« Ce dossier ne devait pas être projeté. »
À quelques mètres de nous, les conversations se sont transformées en murmures. Des professeurs se penchaient les uns vers les autres. Plusieurs membres du conseil d’administration se sont levés. Les journalistes présents au premier rang ont immédiatement saisi leurs appareils.
Puis une deuxième page est apparue.
Mon nom.
DOCTEURE CLARA LEFÈVRE — DIRECTRICE SCIENTIFIQUE DU PROJET L-17.
Un silence presque irréel est tombé sur l’amphithéâtre.
Je n’entendais plus la pluie derrière les vitres.
Je n’entendais plus les appareils photo.
Je ne voyais qu’une seule chose : mon père.
Il regardait l’écran.
Son sourire avait disparu.
Ma belle-mère était devenue livide.
Et Chloé tenait toujours mon invitation VIP entre ses doigts.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » a soufflé mon père.
Personne ne lui a répondu.
Sur l’écran défilaient maintenant des graphiques médicaux, des résultats d’essais cliniques et des photographies de laboratoire. Puis une phrase est apparue en lettres noires :
« Résultats préliminaires : amélioration significative du pronostic chez les patients atteints de… »
Le doyen Delcourt a immédiatement fait signe à un technicien.
« Coupez cette présentation. Maintenant. »
L’écran est devenu noir.
Mais c’était trop tard.
Tout le monde avait vu.
Et surtout, tout le monde avait vu mon nom.
Une femme aux cheveux argentés, assise au premier rang, s’est levée brusquement. Je l’ai reconnue : la professeure Élodie Marchand, membre du comité national de recherche médicale.
Elle s’est tournée vers Delcourt.
« Vous m’aviez dit que la présentation du projet L-17 aurait lieu après le discours de Clara. »
« C’était prévu ainsi », répondit-il.
« Alors comment ce dossier est-il apparu maintenant ? »
Le doyen n’a pas répondu.
Son regard s’est posé sur moi.
Puis sur l’espace VIP.
Quelque chose dans ses yeux m’a fait comprendre qu’il venait lui aussi de remarquer la même chose que moi.
L’ordinateur de présentation avait été configuré avec un accès interne.
Quelqu’un avait volontairement ouvert ce fichier.
Je me suis avancée d’un pas.
« Professeur, ce n’est pas moi. »
« Je sais. »
Sa réponse était immédiate.
Trop immédiate.
Je l’ai regardé avec étonnement.
« Vous savez ? »
Il a baissé la voix.
« Parce que le fichier était protégé par trois niveaux d’authentification. Même moi, je ne pouvais pas l’ouvrir sans votre autorisation. »
Un frisson m’a parcouru.
Derrière nous, les portes de l’amphithéâtre se sont refermées.
Un homme en costume sombre est entré précipitamment et s’est approché du doyen.
« Professeur Delcourt, nous avons un problème. »
« Lequel ? »
L’homme lui a murmuré quelque chose à l’oreille.
Le visage du doyen s’est durci.
Puis il m’a regardée.
« Votre laboratoire vient de signaler une tentative d’accès aux archives du projet L-17. »
Mon cœur s’est serré.
« Quand ? »
« Il y a huit minutes. »
Huit minutes.
C’était exactement le moment où mon père et Chloé étaient entrés dans l’amphithéâtre avec mon invitation.
Je me suis tournée vers eux.
Mon père s’était levé.
« Clara, je ne comprends rien à cette histoire. »
Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas ressenti le besoin de lui expliquer.
Je l’ai simplement regardé.
« Moi non plus. »
Chloé a soudain cessé de sourire.
Elle a baissé les yeux vers l’invitation qu’elle tenait encore.
Puis elle l’a retournée.
Une petite étiquette argentée était collée au dos.
Son visage s’est décomposé.
« Papa… »
Il s’est tourné vers elle.
« Quoi ? »
Elle a hésité.
« Il y a quelque chose derrière. »
Mon père lui a arraché l’invitation des mains.
Il a décollé l’étiquette.
Dessous se trouvait une série de chiffres manuscrits.
Le doyen s’est approché.
À peine les a-t-il vus qu’il s’est immobilisé.
« Où avez-vous obtenu cette invitation ? »
Personne n’a répondu.
Le regard de Delcourt s’est posé sur Chloé.
Puis sur mon père.
Sa voix était devenue glaciale.
« Parce que ces chiffres ne sont pas un numéro de siège. »
Il a marqué une pause.
« Ce sont les identifiants d’accès temporaires à une partie des archives scientifiques de Clara. »
Cette fois, même les journalistes ont cessé de bouger.
J’ai senti quelque chose se briser en moi.
Ce n’était donc pas seulement mon invitation qu’ils m’avaient volée.
Quelqu’un avait peut-être utilisé cette invitation pour entrer là où personne n’aurait dû pouvoir entrer.
Le doyen a tendu la main.
« Donnez-la-moi. »
Mon père n’a pas bougé.
Alors Delcourt a ajouté, d’une voix suffisamment forte pour que toute la salle l’entende :
« Monsieur Lefèvre, dites-moi immédiatement qui vous a remis cette invitation. »
Mon père a ouvert la bouche.
Mais avant qu’il puisse répondre, son téléphone a vibré dans sa poche.
Il l’a sorti machinalement.
L’écran affichait un message provenant d’un numéro inconnu.
Il n’y avait qu’une seule phrase :
« SI CLARA ENTRE SUR SCÈNE, VOUS PERDEZ TOUT. »
Et, sous le message, une photographie.
Une photographie prise quelques minutes plus tôt.
De moi.
Sous la pluie.
Aux côtés du doyen.
Mon père a pâli.
Mais le plus inquiétant n’était pas la photo.
C’était ce qu’on distinguait dans l’arrière-plan.
Une personne observait la scène depuis l’autre côté de la rue.
Et cette personne tenait dans sa main une deuxième invitation VIP.







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